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L'anomalie d'Hervé Tellier


 "Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension."

En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris - New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.

Roman virtuose où la logique rencontre le magique, 'L’Anomalie' explore cette part de nous-même qui nous échappe.


C'est un roman qui ne rentre dans aucune catégorie. Il est original, atypique, surprenant, sort complètement des cadres habituels. En cela, c'est une réussite. L'histoire, avec cette dizaine de personnages mis en scène qui n'ont en commun que d'avoir voyagé ensemble sur deux vols identiques à trois mois d'intervalle et qui devront affronter leur "double", est intéressante. Mais il m'a manqué quelque chose. J'aurais aimé que cela soit moins superficiel, que les personnages et leurs histoires soient plus fouillés, plus développés.

La grammaire est une chanson douce d'Erik Orsenna

 


«Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t'aime.

Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.

Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase.

Il me sembla qu'elle nous parlait :

- Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.

- Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied. Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.

Tout le monde dit et répète "Je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver.»
Peter Pan emmène Wendy et ses frères au Pays Imaginaire et Erik Orsenna , lui, emmène ses protagonistes sur l'île des Mots.
Il signe-là un joli conte d'enfants...pour adultes !
D'un coup, les mots et la grammaire prennent vie et ne sont plus de simples outils de communication !

Beaucoup de jolies trouvailles, comme les boutiques et les distributeurs de mots, ou encore les horloges du temps.

J'ai préféré la 2nde partie à la 1ère, où on est plus dans le vif du sujet. Et avec à la fin d'irrésistibles clins d'oeil à quelques grands écrivains français : Antoine de Saint ExupéryMarcel Proust et Jean de la Fontaine. Ces présentations permettent aussi de comparer les styles des auteurs (vers et prose, phrases longues et phrases courtes). Un vrai délice !

Et bien sûr je n'ai pas pu résister aux personnages des inspecteurs qui ne comprennent rien à l'enseignement et à la façon de transmettre aux enfants. le jargon jargonnant - qui s'évertue à couper les cheveux en quatre - est extrêmement réaliste et pointe quand même du doigt cet énorme décalage (bien problématique) qui existe - malheureusement - dans l'Education Nationale.

Une jolie découverte avec de belles illustrations pour le plus grand plaisir du lecteur!

Signé Under_The_Moon

Les Catilinaires d'Amélie Nothomb

 


Émile, ancien professeur de latin et de grec, se retire avec sa femme Juliette dans une maison paradisiaque, éloignée de tout, avec la certitude d'y couler des jours heureux. Au bout d'une semaine d'éblouissements et de bonheur absolu, voici qu'on sonne à la porte de leur thébaïde : c'est Palamède Bernardin, leur unique voisin, qui va prendre l'habitude de s'imposer ainsi tous les jours, de quatre à six heures, sans dire un mot, ou presque. Cette présence muette, grossière et envahissante, va vite s'avérer plus dérangeante que les bavardages les plus intempestifs. Mais pour le couple, la descente aux enfers ne fait que commencer… Ce roman très noir, à l'humour tantôt mordant, tantôt dévastateur, démontre de façon impitoyable que le précepte antique "connais-toi toi-même" est toujours d'actualité. L'écriture elle-même garde des traces de cette ambivalence : sous des dehors lisses bouillonnent les perversions et les monstruosités insoupçonnées. Amélie Nothomb poursuit ici sa création d'un univers romanesque original, mis en place dès "Hygiène de l'assassin" et régulièrement enrichi depuis ("Péplum," "Attentat"…). Nathalie Gouiffès


C'est un roman décalé, rempli d'absurde et de grotesque. Il se lit vite (150p en livre de poche), on a envie de connaitre le dénouement, on reste captivé malgré l'ambiance oppressante.


M, le bord de l'abîme de Bernard Minier

 


Pourquoi Moïra, une jeune Française, se retrouve-t-elle à Hong Kong chez Ming, le géant chinois du numérique ?

Pourquoi, dès le premier soir, est-elle abordée par la police ?
Pourquoi le Centre, siège ultramoderne de Ming , cache-t-il tant de secrets ?
Pourquoi Moïra se sent-elle en permanence suivie et espionnée ?
Pourquoi les morts violentes se multiplient parmi les employés du Centre – assassinats, accidents, suicides ?

Alors qu’elle démarre à peine sa mission, Moïra acquiert la conviction que la vérité qui l’attend au bout de la nuit sera plus effroyable que le plus terrifiant des cauchemars.

Le thème abordé est un sujet d'actualité passionnant : l'intelligence artificielle. L'auteur nous plonge dans une ville chinoise avec brio, on se projette dans ce nouvel univers, mais l'intrigue tarde à venir, c'est lent et au fil des pages l'enquête peine à avancer. Je suis déçue du final.

Le Chardonneret de Donna Tartt

 
Theo Decker a 13 ans. Il vit les derniers instants de sa vie d'enfant. Survivant miraculeux d'une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d'un ami pour échapper aux services sociaux. Tout ce qui lui reste de sa mère, c'est une toile de maître minuscule qui va l'entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l'art.


Le premier volet de l'histoire de Théo est très plaisant, les frasques des deux ados les rendent bien attachants. Dommage que le contexte d'alcoolisation et de toxicomanie juvénile y soit rendu comme bénéfique pour les protagonistes.

Après, je me suis ennuyée sauf avec les personnages périphériques de la famille Barbour et Hobie, hauts en couleurs.
Pour moi, un roman trop long (817 pages) qui aurait gagné à s'arrêter aux deux-tiers.

La Ballade de l'impossible de Haruki Murakami

Dans un avion, une chanson ramène Watanabe à ses souvenirs. Son amour de lycée pour Naoko, hantée comme lui par le suicide de leur ami, Kizuki. Puis sa rencontre avec une jeune fille, Midori, qui combat ses démons en affrontant la vie. Hommage aux amours enfuies, le premier roman culte d'Haruki Murakami fait resurgir la violence et la poésie de l'adolescence.

Œuvre d'une ampleur exceptionnelle, placée sous le parrainage de Salinger et Fitzgerald, La Ballade de l'impossible est le livre qui a révélé Haruki Murakami. Un superbe roman d'apprentissage aux résonances autobiographiques, dans lequel l'auteur fait preuve d'une tendresse, d'un charme poétique et d'une intensité érotique saisissants. Au cours d'un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles : " Norwegian Wood ". Instantanément, il replonge dans le souvenir d'un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami, Kizuki, s'est suicidé. Kizuki avait une amie, Naoko. Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l'aime ainsi. Une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît...

Malgré les critiques élogieuses que j'ai pu lire de ce livre, il n'emporte pas ma préférence, eu égard aux autres lus précédemment.

L'Archipel du Chien de Philippe Claudel

Trois cadavres de jeunes noirs échouent sur la plage d'une île paisible de l'Archipel du Chien ; une petite île de pêcheurs et d'agriculteurs peuplée d'une poignée d'individus qui se connaissent tous. Révéler la présence de ces malheureux migrants risquerait de compromettre un projet d'hôtel thermal censé raviver l'économie. Le Maire et le Docteur décident d'escamoter les corps. Il y a ceux qui acceptent de se taire et ceux qui s'insurgent. Ceux qui ont une conscience, et ceux qui en ont peu, voire pas du tout... Pendant ce temps, une odeur, à peine perceptible d'abord, puis de plus en plus prégnante, envahit l'île...


Il n'y a pas à tergiverser : la plume de Philippe Claudel est toujours aussi puissante, enivrante, poétique, sombre et moralisatrice. Ce nouveau titre ne fait pas exception aux autres publications de l'auteur ! Il est bien écrit et touche à l'âme humaine à travers un conte aussi noir que réaliste. Cette fois-ci, on se penche sur le cas des migrants qui cherchent à fuir leur pays à cause de la guerre ou des conditions déplorables. Ils cherchent un avenir meilleur en tentant le tout pour le tout dans une traversée dangereuse…

La petite barbare d'Astrid Manfredi

En détention on l'appelle la Barbare ; elle a vingt ans et a grandi dans l'abattoir bétonné de la banlieue. L'irréparable, elle l'a commis en détournant les yeux . Elle est belle, elle aime les talons aiguilles et les robes qui brillent, les shots de vodka et les livres pour échapper à l'ennui. Avant, les hommes tombaient
comme des mouches et elle avait de l'argent facile. En prison, elle écrit le parcours d'exclusion et sa rage de survivre, et tente un pas de côté. Comment s'émanciper de la violence sans horizon qui l'a menée jusqu'ici ? Peut-elle rêver d'autres rencontres ? Et si la littérature pouvait encore restaurer la dignité ? Subversive et sulfureuse, amorale et crue, La Barbare est un bâton de dynamite rentré dans la peau d'une société du néant.

En lisant ce livre, une question me venait sans cesse en tête. Mais où l'auteure a-t-elle pu trouver le personnage de la petite barbare. Est-ce possible?

Les faits sont tirés d'un meurtre qui a été commis il y a une dizaine d'années auquel a participé la jeune fille.
Astrid Manfredi construit très bien le personnage à partir de son enfance morne, pauvre , sans modèle d'éducation , sans joie, dans une tour de béton.
A partir de la petite adolescence, elle n'a qu'une chose en tête, avoir de l'argent. Elle se prostitue et c'est l'escalade avec son comparse jusqu'au meurtre.
Elle passe derrière les barreaux et a une relation sordide avec le directeur de la prison.
Elle retrouve la liberté mais a-t-elle une chance de se construire ?
L'écriture de l'auteure est à la mesure du personnage : très crue bien qu'imagée et bien tournée : un style très particulier qui rentre bien dans l'oreille mais fait très froid dans le dos. 


 La petite barbare, c'est le choc avec un autre monde qu'Astrid Manfredi va traduire en donnant à son personnage une voix d'une étonnante séduction qui nous scotche pour nous raconter le pire, le sordide. (23/08/2015 08:50 CEST | Actualisé 05/10/2016 16:02 CEST)

Chanson douce de Leïla Slimani

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture.

 Je reconnais à Leïla Slimane un vrai talent littéraire : le livre est bien écrit et remarquablement construit, méritant ainsi certainement la récompense reçue. Mais en débutant l'histoire par le dénouement final, je m'attendais à plus d'intrigue. Et même si Leïla Slimani nous distille ça et là des éléments de la vie de Louise qui nous font comprendre son malaise et son instabilité, il manque néanmoins des pièces au puzzle pour comprendre ce passage à l'acte effroyable. Je partage par contre, sa vision de notre société actuelle qui nous invite à la réflexion...

Un instant d'abandon de Philippe Besson

"Avec ce livre, «Un instant d'abandon», j'ai voulu dessiner le portrait d'un homme qui revient sur le lieu de son bannissement et qui décide d'affronter l'opprobre, l'hostilité. Cinq ans plus tôt, Thomas Sheppard est parti en mer, au plus fort d'une tempête, dans la Cornouaille britannique, en compagnie de son fils de huit ans et il est revenu à terre sans l'enfant. Il a désormais acquitté sa peine de prison mais s'est-il pour autant débarrassé du poids de la faute ? Pour tout le monde, il demeure le père infanticide mais il convient peut-être de se méfier des apparences. Je crois depuis longtemps que nul n'est un saint absolu ou un parfait salaud. Je crois aussi qu'il nous faut interroger avec lucidité la part sombre de nous-même. Et c'est précisément ce que le narrateur va faire, au fil de ses aveux. Il pourra ainsi se délester de son secret comme on se débarrasse de ses oripeaux. Et expliquer la véritable raison de son retour. " 

Un livre vite avalé et vite oublié. Je l'ai tout de même lu avec un certain entrain pour connaitre le dénouement, mais je ne me suis pas du tout attaché au personnage principale, il m'a suscité aucune d'empathie... peut-être même de l’antipathie.

Fille de l'air de Fiona Kidman

Surnommée la « Garbo des airs », Jean Batten était une aviatrice mondialement célèbre dans les années 1930. Née en 1909, l’'enfant de Rotorua – petite ville au nord de la Nouvelle-Zélande – battit plusieurs records, notamment entre l'’Angleterre et l’Australie, qu'’elle rejoignit en quatorze jours et vingt-deux heures dans son petit avion de tourisme, un Gipsy Moth.
Dans ce nouveau roman, Fiona Kidman se penche sur le destin de cette « fille de l'’air » à qui tout sourit, mais qui pourtant cessa de voler dès 1939 et mourut solitaire en 1982. Douée et gracieuse, la gamine que les cartes passionnent, qui apprend à communiquer en morse en observant son frère et qui, sur sa balançoire, veut encore s’'envoler plus haut, part bientôt en Angleterre sous le prétexte d’'étudier… la musique et de devenir pianiste de concert. Elle y suit en réalité, avec la complicité de sa mère, des leçons de pilotage. Son talent, sa détermination, font le reste : plusieurs pilotes de renom, fascinés, financent ses premiers vols. La gloire, pourtant, est de courte durée : quatre années haletantes, que l’écrivain met en scène sans rien cacher des péripéties – une succession de records, mais également deux crashs, dont un dans le désert irakien –, des déboires sentimentaux et des doutes de son héroïne.
Toute la force de ce portrait tient dans la perspicacité avec laquelle Fiona Kidman lève le voile sur la personnalité complexe de cette femme téméraire, qui ne semblait exister pleinement que dans les airs.
 
Un livre agréable et haletant

La promesse de l'aube de Romain Gary

- Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.
Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
- Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

J'aime les autobiographies pour le côté réel des choses, même si l'on sait qu'elles peuvent être édulcorées pour embellir la réalité, ce qui doit être le cas dans ce livre car on ne peut pas dire que Romain Gary soit étouffé par sa modestie... J'ai même pensé arrêter la lecture; certains passages sont un peu long. Il n'empêche que cette histoire est incroyable et méritait d'être racontée. L'amour de cette mère, que certain on pu trouvé étouffant, prend tout son sens à la fin du récit.

In Tenebris de Maxime Chattam

Chaque année, des dizaines de personnes disparaissent à New York dans des circonstances étranges.
La plupart d'entre elles ne sont jamais retrouvées. Julia, elle, est découverte vivante, scalpée, entre autres sévices, et prétend s'être enfuie de l'Enfer.
On pourrait croire à un acte isolé s'il n'y avait ces photos, toutes ces photos... Jeune détective à Brooklyn, Annabel O'Donnel prend l'enquête en main, aidée par Joshua Brolin, spécialiste des tueurs en série. Quel monstre se tâche dans les rues enneigées de la ville ?
Et si Julia avait raison, si c'était le diable lui-même ? Ce mystère, ce rituel... Dans une atmosphère apocalyptique, Joshua et Annabel vont bientôt découvrir une porte, un passage... dans les ténèbres.
Ce suspense qu'on ne peut lâcher va changer votre perception de la nuit !

Deuxième volume d'une trilogie débutant avec "l'âme du Mal" (que j'avais préféré). Nous retrouvons le personnage de Joshua Brölin, qui a démissionné du FBI et est devenu détective privé, venu prêter main forte à l'inspectrice Annabel O'Donnel sur une histoire de disparitions (pas moins de 67 personnes !). La rencontre humainement très riche entre ces deux êtres désabusés et marqués par la vie est vraiment le seul sentiment humain positif de ce roman. Suspense garanti, enquête à rebondissements et cœur bien accroché nécessaire. Même en ayant beaucoup d'imagination, difficile d'imaginer les tortures physiques et morales infligées par le psychopathe à ses victimes. Je vais faire une pause dans mes lectures de Maxime Chattam car je sature. En revanche, meurtrier inattendu (pour moi mais je suis loin d'être Sherlock Holmes).
La corrélation entre des paysages glauques, sinistres à l'image de l'ambiance sordide et des déviances les plus sombres de l'âme humaine est assez bien rendue.

L'étranger de Camus

L’action se déroule en Algérie française. Meursault (le narrateur) apprend par un télégramme la mort de sa mère. Il se rend en autocar à l’hospice, près d’Alger. Il n’exprime ni tristesse ni émotion. Il refuse de voir le corps, mais veille le cercueil comme c’est la tradition, en fumant et buvant du café. Aux funérailles, il ne montre aucun chagrin, ne pleure pas, et se contente d’observer les gens qui l’entourent.

Le lendemain, de retour à Alger, Meursault va nager dans la mer et rencontre une jeune fille, Marie, une dactylo qui avait travaillé dans la même société que lui et qu'il connaît vaguement. Le soir, ils se rendent au cinéma puis reviennent à l'appartement de Meursault et couchent ensemble. Une relation se développe entre eux, au cours de laquelle il ne montre pas plus de sentiment ou d'affection envers Marie qu’à l'enterrement de sa mère.

Meursault fréquente son voisin, Raymond Sintès, connu pour être souteneur, qui lui demande de l’aider à rédiger une lettre : il s’est battu avec sa maîtresse qu’il soupçonne d’être infidèle et craint les représailles de son frère. Meursault accepte.
La semaine suivante, Marie et Meursault perçoivent les bruits d’une dispute violente entre Raymond Sintès et sa maîtresse, jusqu’à l’intervention d’un agent. Après le départ de Marie, Raymond vient demander à Meursault de lui servir de témoin de moralité. Il affirme au tribunal que la maîtresse de son voisin a été infidèle et Raymond est quitte pour un avertissement. Celui-ci invite Meursault à passer la journée du lendemain dimanche dans le cabanon de l’un de ses amis, Masson, dans la banlieue d’Alger. Dans le même temps, Meursault qui montre peu d'intérêt pour sa carrière, refuse une promotion qui le conduirait à travailler à Paris. Marie lui demande de l’épouser : il accepte, bien que cela lui soit égal.

Le dimanche, Marie et Meursault prennent le bus avec Raymond pour rejoindre le cabanon de Masson. Ils sont suivis par un groupe d’Arabes, dont le frère de la maîtresse de Raymond contre lequel Meursault a témoigné. Après déjeuné, les trois hommes vont se promener sur la plage, sous un soleil de plomb. Ils croisent à nouveau le groupe d’Arabes. Une bagarre éclate : Raymond est blessé au visage d’un coup de couteau. En remontant au cabanon, Meursault obtient de Raymond qu’il lui confie son révolver afin d’éviter qu’il ne tue quelqu’un. Meursault retourne sur la plage. La chaleur est accablante. Il rencontre un des Arabes qui sort un couteau. Meursault, ébloui par le reflet du soleil sur la lame, sort le revolver dans sa poche puis tout s’enchaîne : « La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et, c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé [...]. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. » Ces cinq coups de revolver excluent la légitime défense et l’homicide involontaire. Meursault ne donne au lecteur aucune raison particulière pour son crime, le fait qu’il ait tiré sur le cadavre à quatre reprises ou sur les émotions qu'il éprouve, mis à part le fait qu'il a été gêné par la chaleur et la lumière du soleil.

Dans la seconde partie du roman, Meursault est incarcéré et envisage avec détachement son procès à venir. Il est même assez indifférent à la privation de liberté et s’habitue à l’idée de ne pas pouvoir coucher avec Marie. Il passe son temps à dormir ou à énumérer mentalement les objets qu’il possède dans son appartement.

Tout au long de son emprisonnement et jusqu’à la veille de son exécution, Meursault affiche la même indifférence, semblant ne rien ressentir. Il se sent étranger à ce qui lui arrive et ne montre au procès aucun regret, ce qui met son avocat très mal à l’aise. On l’interroge sur son comportement à l’enterrement de sa mère, sur les raisons de son crime. Il ne sait que répondre que c’est à cause du soleil. Pour le procureur, Meursault est « un homme qui tuait moralement sa mère », en la laissant dans un asile. Et il l’accuse « d’avoir enterré une mère avec un cœur de criminel ». La justice ne cherche pas à comprendre les motivations de Meursault. Le procureur se concentre sur son comportement, sa personnalité, sa vie dissolue (il engage une relation le lendemain des funérailles de sa mère dont il est indifférent), son athéisme, son caractère asocial. Dans le contexte politique de l’époque, l’Algérie gouvernée par la France coloniale, il aurait pu plaider la légitime défense et être acquitté. L’avocat tente de montrer son client sous un autre jour, loin de la réalité. Meursault l’écoute, pris de vertige : « J’étais un honnête homme, un travailleur régulier, infatigable, fidèle à la maison qui l’employait, aimé de tous et compatissant aux misères des autres. » La cour rend son verdict : « Le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français. » Finalement, Meursault est condamné à mort, plus pour son indifférence aux normes de la société que pour son crime.

Dans sa cellule, Meursault doit affronter l'aumônier de la prison qu’il refuse de rencontrer, mais qui tente de prendre sa confession. Il lui promet une autre vie s’il se tourne vers Dieu. Meursault entre dans une grande colère et met le prélat dehors. Il est convaincu que seule la vie est certaine et que l'inéluctabilité de la mort lui enlève toute signification. C’est alors que, paradoxalement, se développe dans l’épilogue une autre posture de Meursault, celle de l’attachement matériel, sensuel, à la vie. Il se découvre surtout comme faisant partie intégrante de ce monde. Meursault est prêt, lucide et calme, si proche de la nature et si loin des hommes. C’est à travers la révolte, la colère, la violence que l’homme découvre l’absurdité de la condition humaine. « Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine. »

Pour Albert Camus, la vie des individus, l'existence humaine en général, n'ont pas de sens ou d’ordre rationnel. C’est parce que nous éprouvons des difficultés à accepter cette notion que nous tentons en permanence d'identifier ou de donner une signification rationnelle à nos actes. Le terme « absurdité » décrit cette vaine tentative de l'humanité à trouver un sens rationnel là où il n'en existe pas.

Bien que dans L'Étranger Camus ne se réfère pas explicitement à la notion de l'absurde, les principes de l'absurdité fonctionnent dans le roman. Ni le monde extérieur dans lequel Meursault évolue ni le monde intérieur de ses pensées, de même que son comportement, ne relèvent d’un ordre rationnel. Meursault n’est pas logique dans ses actes, comme sa décision de se marier ou celle de tuer l'Arabe (notamment les quatre coups de revolver tirés dans son cadavre). Néanmoins, la société, à travers la justice, tente de fabriquer ou d'imposer des explications rationnelles aux des actions irrationnelles de Meursault. L'idée que les choses se passent parfois sans raison et que les événements peuvent n’avoir aucun sens perturbe la société qui voit là une menace. Le procès, dans la deuxième partie du roman, n’est autre que la tentative de la société de fabriquer un ordre rationnel. Le procureur et l'avocat ault expliquent le crime de Meursault en se basant sur la logique, la raison, et la notion de cause à effet. Pourtant, ces explications n'ont aucun fondement et ne sont que des tentatives pour désamorcer l'idée effrayante que l'univers est irrationnel. Le livre traduit cette vaine tentative de l'humanité d’imposer la rationalité dans un univers irrationnel.

La deuxième composante majeure de la philosophie de l'absurde de Camus est l'idée selon laquelle la vie humaine n'a pas de sens ou de but rédempteur. Camus fait valoir que la seule chose certaine dans la vie est l'inéluctabilité de la mort. C’est parce que tous les êtres humains finiront par rencontrer la mort que toutes les vies sont dénuées de sens. Tout au long du roman, Meursault évolue progressivement vers cette révélation, mais il n’en saisit pleinement la réalité qu'après sa dispute avec l'aumônier. Parce que la révolte est la seule réponse à l’absurde. Il prend aussi conscience que son indifférence au monde est corrélée par l’indifférence du monde à son égard. Comme tout humain, Meursault est né, mourra, et n'aura plus d'importance. L’acceptation de l'inéluctabilité de la mort libère Meursault des faux espoirs. Celui notamment d’une vie durable, qui n’était en fait qu’un fardeau qu’il traînait. Il est donc libre de vivre sa vie pour ce qu'elle est, et tirer le meilleur parti des jours qui lui restent. 

Joseph Vebret

 Meursault, le narrateur, est étranger à tout ce qu'il vit. Albert Camus a su donner un ton distant et neutre à son roman. Aucune émotion ne transparait. Tout semble figé comme sous un soleil implacable, image qui aura toute sa place dans ce roman.
Meursault ne semble touché par rien, que ce soit le décès de sa mère (ce qui lui sera reproché), l'amour, la justice, l'amitié… Il semble imperméable à tout ressenti. Même la mort de cet arabe qu'il tue sur la plage lui coule dessus. Il n'arrive pas à justifier son acte, il ne semble concerné en rien par ce qui se déroule dans sa vie.

Ni son procès, ni son exécution probable ne réveilleront une conscience, un sentiment quelconque.
Toute la prouesse de l'écriture de Camus dans ce roman réside dans cette indifférence qui transpire à chaque page. Je me suis sentie très éloignée de ce personnage et par conséquent je n'ai ressenti aucune compassion, peu d'émotion...

Jéronimus de Dabitch et Pendanx

29 octobre 1628, le Batavia quitte le port d’Amsterdam. À son bord, 341 personnes, dont 38 femmes et enfants: des marins, des artisans, des soldats, des officiers et quelques passagers qui voyageront sur le Château arrière, le lieu de l’élite du navire. Le navire appartient à la toute-puissante Compagnie hollandaise des Indes orientales, la VOC. Il doit rejoindre Java pour y charger les épices qui font la richesse des actionnaires de la Compagnie.

Amsterdam est alors le plus grand entrepôt d’Europe ; la Hollande vit un âge d’or de prospérité et de liberté. On dit Amsterdam tolérante, les esprits libres et les opprimés viennent de toute l’Europe s’y réfugier.
« Paradoxalement, en partant au 17° Siècle, j’ai retrouvé des questions économiques et politiques qui m’intéressent. » explique Christophe Dabitch « Le récit intervient dans un contexte où Amsterdam invente la bourse et donc une forme du capitalisme, un grand cycle dans lequel nous sommes toujours. La Compagnie des Indes est l’une des Compagnies commerciales les plus puissantes de l’histoire. En faisant le grand écart, je me suis demandé quels liens pouvaient exister entre cette Histoire et l’histoire meurtrière de Jeronimus. »

Parmi les hommes présents sur le Batavia, Pelsaert, Commandeur responsable des affaires commerciales, vrai patron du navire, même s’il n’est pas marin, le capitaine Ariaen, responsable du bateau mais sous les ordres de Pelsaert et Jeronimus Cornelisz, un apothicaire de Haarlem, qui fuit la terre des hommes, incapable de se remettre de la mort par la syphilis de son bébé, et de la suspicion sur sa femme que cela a engendrée.
Au cœur de ce monde d’hommes, Lucretia. Après plusieurs mois en mer, elle devient l’objet de conquêtes, discrètes de la part de Jéronimus, plus directe de la part du commandeur et du capitaine.

Mais le Batavia n’arrivera jamais à Java. Le nom de ce navire deviendra le synonyme d’une terrible expérimentation sur des îles perdues au large de l’Australie. Une expérience humaine menée par Jeronimus Cornelisz, que rien ne semblait prédestiner à jouer ce rôle.

 Je n'ai pas été captivée par ce récit et encore moins par les dessins...Tant pis. En tous les cas, cela m'aura permis de prendre connaissance de cette tragédie historique.

De Cape et de Crocs - BD - Tome 1 à 5

Deux fiers bretteurs - l'un loup, l'autre renard - découvrent, grâce à une carte cachée dans une bouteille, l'existence du fabuleux trésor des îles Tangerines. De geôles en galères, nos deux gentilshommes s'embarquent pour une incroyable aventure avec pour compagnon le terrible Eusèbe, lapin de son état...



 Distrayant

Un secret de Philippe Grimbert

Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec "La Petite Robe de Paul". Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'œuvre dans nos vies.

 Roman autobiographique, le style de Grimbert détaille finement la psychologie de ce petit garçon qui grandit au milieu d'un très lourd secret familial. Au fil des terribles révélations qui lui seront faites, une force nouvelle va naitre en lui. 
Il n'y a pas de lourdeur ni de pathos dans ce récit. Une histoire qui respire cette innocence propre à l'enfance et à ses leurres. Un beau petit roman qui se lit avec plaisir.

Les anges meurent de nos blessures de Yasmina Khadra

Il se faisait appeler Turambo, du nom du village misérable où il était né, dans l'Algérie des années 1920. Il avait pour lui sa candeur désarmante et un direct du gauche foudroyant. Il fréquenta le monde des Occidentaux, connut la gloire, l'argent et la fièvre des rings, pourtant aucun trophée ne faisait frémir son âme mieux que le regard d'une femme. De Nora à Louise, d'Aïda à Irène, il cherchait un sens à sa vie. Mais dans un monde où la cupidité et le prestige règnent en maîtres absolus, l'amour se met parfois en grand danger.

À travers une splendide évocation de l'Algérie de l'entre-deux-guerres, Yasmina Khadra met en scène, plus qu'une éducation sentimentale, le parcours obstiné – de l'ascension à la chute – d'un jeune prodige adulé par les foules, fidèle à ses principes, et qui ne souhaitait rien de plus, au fond, que maîtriser son destin.


Fresque romanesque dans l'Algérie coloniale ; c'est aussi un récit palpitant de l'ascension, puis la chute d'un jeune prodige de la boxe, Turambo, mais aussi le portrait de trois femmes, d'une ville et d'une société entière.

C'est aussi le récit de l'éducation sentimentale de « championTurambo » au coeur trop grand, bien plus à la recherche d'amour que de gloire.
Le roman balance, entre la dureté, la pureté, révélant les rêves et les tensions, l'obstination et la résignation, puis la rivalité entre les Arabes et les Berbères….. le poids de la culture européenne et bien évidemment le sort des femmes toujours d'actualité encore à nos jours !…….
Il n'y a pas qu'en Algérie que les jeunes espèrent s'en sortir avec le sport, pour oublier enfin la misère dans laquelle ils sont nés et découvrir un monde meilleur.
« Les Anges Meurent de nos Blessures » surprend son lecteur jusqu'à la fin. Un lyrisme qui le met K.-O

Fleur de tonnerre de Jean Teulé

Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons.

Elle s'appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu'il venait d'exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.
C'est un exercice de style en cynisme absurde et cocasserie. C'est du "Teulé" à l'humour noir complètement décalé, à ne pas prendre au premier degré.
Derrière le propos excessif et délirant, l'écrivain est là, avec sa plume virevoltante et une documentation historique fouillée, ressuscitant une société rude, belliqueuse, catholique et barbare, aux racines celtes ténébreuses. On peut néanmoins reprocher un trop plein dans la truculence, un excès de bretonnismes, une overdose de délires verbaux.

Les visages de Jesse Kellerman

La plus grande œuvre d'art jamais créée dort dans les cartons d'un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d'exposer ces étranges tableaux, qui mêlent à un décor torturé, d'innocents visages d'enfants. Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaître certains visages : ceux d'enfants victimes de meurtres irrésolus…


L'idée de départ est bonne, intrigante et la promesse d'une histoire allant crescendo vers un suspens haletant nous fait lire ce livre avec plaisir... Sauf qu'on s'enlise...et on sent bien au fil des pages que ce roman n'est pas le thriller qu'on attend...La fin est balayée et sans intérêt...Dommage !